Recrutement et emploi : qui faire évoluer ?

Articles par à Nov 27, 2014 dans Chronique RH, Slider | 0 commentaires

Recrutement et emploi : qui faire évoluer ?

Les candidats ou les recruteurs ?

Il y a quelques jours, je participais au forum Place à l’Emploi, et dans le cadre de l’action « 15 mn pour convaincre » rencontrais des demandeurs d’emploi, en recherche de conseil, ou plutôt de la formule magique qui leur permettrait, enfin, de percer le mystère de ce marché de l’emploi qui leur paraissait si hostile et rempli de pièges.

Tous très différents :

Cette petite esthéticienne qui devenait silencieuse quand on lui demandait d’expliquer les accidents de parcours de son CV ; ce jeune architecte qui, désabusé du marasme de son secteur, se sentait déjà contraint d’envisager une reconversion ; cette pétillante quinquagénaire qui s’interrogeait sur la nécessité ou pas de changer de métier, malgré son expérience confirmée, une jeune responsable RH, une passionnée de l’événementiel qui recherchait un poste en service civique dans un secteur culturel, etc.

Mais tous avaient en commun une formidable motivation, le plus souvent une formation et une expérience déjà pertinentes, et pourtant s’excusaient, trop souvent, de ne pas être parfaits au regard des exigences des employeurs.

Nous avons donc travaillé sur une vision plus objective et indulgente avec eux-mêmes de ce qu’ils étaient réellement en capacité de proposer en terme de compétences ; nous avons ré-agencé ensemble la façon dont ils pouvaient oralement présenter leur expérience, sans rougir d’incidents de parcours qui n’en étaient pas, et qui n’avaient absolument rien d’inavouables ; nous avons dédramatisé la toute puissance apparente du recruteur, qui n’était pas là pour les juger, mais seulement pour trouver la meilleure adéquation entre l’emploi qu’il avait à pourvoir et les personnes qu’il recevait.

Le Délégué Général de l’association ESCALADE qui coordonnait l’organisation de cet atelier nous écrivait quelques jours plus tard :

Bonjour

Il y a juste une semaine vous participiez à « 15mn pour convaincre »

Grâce à vous 295 entretiens ont été réalisés sur les deux jours.

Vous avez été 63 intervenants pour 108 heures de bénévolat assurés

Nous faisons chaque année un bilan détaillé avec le traitement des 213 fiches remplies à l’issue des entretiens.

Je ne manquerai pas de vous envoyer ce bilan.

Je vous rassure plus de 99% des candidats ont été satisfaits de cette rencontre.

Encore bravo et merci pour votre engagement et au plaisir de vous accueillir sur d’autre événement.

Merci aussi à tous ces candidats, car ce furent indéniablement de beaux moments de partage. Mais, il me semble qu’il y a bien d’autres enseignements que nous devrions tirer de cette expérience, si riche humainement, grâce à la confiance que nous ont témoignée ces candidats, en nous livrant ainsi leurs difficultés et leurs espoirs.

Car, que dire de :

• « Comment ne pas trop mettre en avant mon diplôme d’architecte pour ne pas effrayer les employeurs ? »

• cette jeune femme qui peinait à expliquer qu’elle avait eu des soucis de santé, suffisamment graves, semble t’il, pour lui valoir la reconnaissance d’un handicap,

• ou encore, ma quinquagénaire, à qui on avait conseillé de masquer son âge, de peut-être taire sa situation familiale, et enfin de présenter son CV avec son seul nom de jeune fille, car son nom de femme avait, autant qu’il m’en souvienne, une vague consonance des pays de l’est.

Je me suis surprise alors à lui répondre : « si au motif de votre nom de femme, une entreprise ne vous recrute pas, c’est heureux, car cette entreprise ne vous mérite surement pas, et a sans doute bien peu d’intérêt  » Mais je me suis bien vite ravisée, car mon interlocutrice tendue vers son objectif légitime de retrouver un emploi au plus vite, ne pouvait sans doute pas s’offrir le luxe d’une telle vision.

Pourtant, mon rôle en tant que recruteur est-il d’apprendre à de futurs candidats à, sinon mentir, du moins trahir une part de leur histoire qui fait ce qu’ils sont devenus aujourd’hui ? Mon rôle n’est-il pas, au contraire, de leur apprendre à mettre en valeur ce qu’ils ont d’unique dans leur profil, et exprimer leur personnalité riche de différences ?

Et, n’est-ce donc pas plutôt à nous managers, décideurs et acteurs de la fonction RH de faire évoluer nos pratiques et nos représentations ?

Oublier qu’une entreprise est avant tout une communauté humaine, où se partagent compétences, projets, succès et échecs, mais aussi émotions et tranches de vie, serait une redoutable erreur. Alors, avons-nous intérêt à réduire le profil des candidats à une fiche sans saveur et sans histoire ? Et recrutons nous des robots, ou des hommes et des femmes dont le talent est le fruit de leur parcours personnel et professionnel ?

Il est plus que temps de ré-interroger nos pratiques RH :

Le recrutement est un processus dont la dimension humaine est essentielle, c’est la rencontre entre des candidats, une entreprise et un emploi. Par conséquent, il n’échappera pas aux limites que consciemment, ou inconsciemment, nous avons, et à la subjectivité qui s’infiltre à toutes les étapes de ce processus.

Notre responsabilité, n’est pas de le nier, et par sécurité de travailler sur des profils de candidat aseptisés, ou même d’envisager que quelque algorithme pourra bientôt nous débarrasser de cette tâche pleine d’incertitudes,

Mais, au contraire de le reconnaître, et de mettre en œuvre :

• des procédures de sélection des candidatures et d’entretien les plus ouvertes possibles, en croisant des regards différents,

• en nous concentrant sur ce qui est utile et essentiel pour l’emploi à pourvoir, en développant notre écoute, notre pratique de questionnement, et notre empathie à l’égard de ceux qui demain pourraient devenir des collègues,

• en acceptant d’être bousculé dans nos habitudes et représentations, car la diversité ce n’est pas un effet de mode, c’est une nécessité pour la bonne santé de nos entreprises,

• mais aussi en analysant nos erreurs.

C’est dans la confiance réciproque que s’exprimera le mieux ce que chacun des candidats peut nous proposer. La recherche d’un emploi est une étape suffisamment stressante pour les candidats, il est de notre responsabilité de ne pas leur rajouter embûches réelles, ou supposées.

Nous avons à l’évidence encore une belle marge de progrès pour y parvenir.

Alors, l’an prochain, ne devrait-on pas plutôt faire un atelier « 15 mn pour convaincre les recruteurs » et ne pas exclusivement faire peser sur les candidats potentiels, la responsabilité de tous leurs maux ?…

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